
Lucio Serra et Anto Buko font ce qu’ils savent faire de mieux. Du rap sale. On se prend à opiner du chef parfois, à sourire ou même à carrément pouffer (« Car un peu comme le petit Grégory on est dans les temps »). Les deux sales gones n’ont pas changés, ça on ne pourra pas leur reprocher. Tout au plus, leur art a muri avec le temps puisque c’est un album complètement abouti qu’ils nous livrent là. La patte si familière possède toujours les mêmes griffes. On constate que le désamour pour les autres rappeurs est toujours bien présent. Sur plusieurs morceaux, la supériorité s’affiche sans fard notamment sur Les Lions Sont Solitaires ou Travail de Titans entre autres. De petites crottes de nez en grosses piques assumées, tout l’album est jonché de cet egotrip qui est si cher à Lucio et Anton et qui nous ravit toujours autant. Parce que, disons-le clairement, ce genre de propos quand ils sont justifiés réussissent toujours à faire mouche. C’est la frontière entre l’arrogance et l’estime de soi. L’estime justement, parlons-en. C’est qu’ils n’en ont à priori pas des masses pour leurs contemporains et c’est à plusieurs reprises qu’on se prend à sentir l’influence de La Fin de L’Espèce de Fuzati dans les textes, principalement de Lucio sur des morceaux comme Aubergine ou Deuxmilletreize. Au-delà des références au versaillais, on sent un dégoût de l’humanité en tant que groupe avec des réflexions comme « L’évolution c’est 100 000 ans du feu à l’iPad / Dans sa tombe Darwin doit sniffer de l’héro à la paille » ou « Rien à compter j’me suis déjà fait tous les moutons la veille dans l’bus.» L’album a aussi juste ce qu’il faut de crasse. On sent que tout ce qui sort de la bouche des deux acolytes sort de la rue, sans retouche. On renifle le côté brut de deux artistes sans concession qui envoient se faire sauter tout ce qu’il existe de conformiste. Les productions d’Oster Lapwass collent parfaitement à cet état de fait et c’est lui qui balance les plus sérieuses cartouches.